mercredi 26 avril 2017

• L'esprit est conscient de lui-même - Guendune Rinpoché


Dans le courant de la méditation,
Avec le temps ne subsiste aucune différence
Entre la conscience et
Celui qui est conscient.
Le penseur et la pensée sont également
Le jeu de l'esprit.
La scission entre celui qui perçoit et ce qui est perçu,
Entre le sujet et l'objet, disparaît.
Auteur et acte
Ne sont plus différents.
Tout se passe dans l'étendue de la conscience.
L'esprit est conscient de lui-même
Et repose dans son état naturel,
Sans celui qui voit et ce qui est vu.
C'est la non-vue ;
C'est la conscience naturelle.
L'esprit est conscient,
Mais le sujet n'est plus présent.
Cela devient vraiment conscient,
Une parfaite certitude.

Une perle de plus vu sur le blog de José le Roy

lundi 24 avril 2017

• Vous êtes à la fois connaissant et présent - Rupert Spira


Q : Lorsque je cherche le “je”, la chose principale est que je ne le trouve pas.

R : Nous ne trouvons pas un objet, c’est-à-dire nous ne trouvons pas une pensée, une image, une sensation ou une perception.
Toutefois, lorsque nous disons “Lorsque je cherche le “je”...”, là, précisément, nous faisons référence au “je” qui est présent dans la recherche. Ce “je” qui cherche peut ne rien trouver, mais est néanmoins présent dans la recherche.
Imaginez que vous vous trouvez au milieu d’une pièce et essayez de faire un pas en direction de vous-même (par vous-même, je fais référence ici à votre corps). Dans quelle direction allez-vous vous tourner ? Aucune ! Tout pas serait un pas dans la mauvaise direction.
Imaginez maintenant que vous essayez de vous éloigner de vous-même. Où iriez-vous ? Où que vous alliez, vous vous trouverez présent, trop près pour être connu ou vu objectivement et pourtant présent là, au centre-même où que vous vous trouviez.
Maintenant, ayant découvert que vous êtes à la fois connaissant et présent, mais sans qualités objectives, essayez, en tant que Présence-Connaissance que vous vous savez être intimement, de bouger “hors de” ou “vers” vous-même. Où iriez-vous ? Où pourriez-vous aller ?
Voyez que la Présence-Connaissance que vous êtes, est intimement au centre ou au coeur de chaque expérience. C’est trop proche pour être connu comme un objet, mais trop intime et immédiat pour ne pas être connu.
C’est la connaissance elle-même.

Chaîne YouTube en français de Rupert Spira

vendredi 24 février 2017

• L’éveil est la qualité première et fondamentale de l’esprit - Suyin Lamour



C'est avec une immense joie qu'Éveil Impersonnel vous annonce la parution du nouveau livre de Suyin Lamour : La grande paix du coeur !

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Pour Suyin Lamour, l’éveil n’est pas quelque chose que l’on atteint, mais que l’on reconnaît. C’est l'instant où notre nature véritable se révèle, où l’on réalise que l’on est infiniment libre. Libre, et Un avec tout ce qui est. Cette réalisation dévoile la nature impersonnelle de l'existence et l'illusion de l'identification à un individu séparé.
Cependant, cet événement va déclencher par la suite tout un processus, et l’auteur nous décrit ainsi ce qui se passe après l’éveil. Ce processus va entraîner à la fois une intégration et une désintégration progressives : intégration de cette vision absolue dans un psychisme conditionné, et simultanément, désintégration des conditionnements et de l’identification. Une inversion de perspective, une véritable mue psychique qui se produit par étapes.
Cet ouvrage, qui prolonge son précédent livre La joie d’être, relate comment cette réalisation s'intègre pour l'auteur dans le quotidien et décrit les modifications profondes qu'elle induit dans sa perspective de vie.
Il n'y a plus de préférence, plus de dualité entre éveil et non-éveil, unité et dualité, absolu et relatif. Suyin se sent libre d'aimer tous les aspects de l'existence et de l'expérience humaine, des plus spirituels aux plus matériels.
Un récit truffé de conseils pratiques pour aborder le processus d'éveil à travers quelques grands thèmes principaux : l'observation, le retournement de la conscience vers elle-même, l'accueil de ce qui est, le lâcher-prise...
Un livre enrichi par un recueil de méditations guidées qui permet au lecteur de mener des auto-investigations approfondies sur sa véritable nature.
Ce qu'écrit Suyin Lamour est d’une grande fraîcheur. Un livre très intimiste, proche, où chacun pourra se reconnaître.

« Il s'agit là d'un ouvrage fondamental. Dans tous les ouvrages traitant de l'éveil spirituel qu'il m'ait été donné de lire, je ne me souviens pas avoir trouvé de descriptions aussi précises et précieuses du processus que l'on peut être amené à traverser. » (Patrice Gros, extrait de la préface)

Suyin Lamour est thérapeute et écrivain. Suite à une illumination vécue à l'âge de 28 ans, elle a fait de la dimension de l'Être le centre de son existence. Elle a publié récemment La joie d'être chez le même éditeur.

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Préface de Patrice Gros, créateur du blog Éveil Impersonnel :

En tant que créateur et responsable du blog Éveil Impersonnel, dédié aux approches non duelles sans pour autant être rattaché à une tradition spirituelle spécifique, il m’est proposé certains ouvrages de référence de la part d’éditeurs, en vue de les annoncer. Lorsque j’ai reçu La Joie d’être, le premier livre écrit par Suyin Lamour, je n’y ai pas au début spécifiquement prêté attention, me disant qu’il s’agissait d’un livre de plus traitant d’éveil et de non-dualité, dont ma bibliothèque regorge. Mais lorsque je découvris l’extrait de présentation que m’envoya Jean-Louis Accarias, des Éditions Accarias-l’Originel, je fus non seulement surpris mais immédiatement conquis.
Je lus donc cet ouvrage d’une traite, comme un roman, sans pouvoir m’en détacher, dévorant chaque ligne, vibrant à chaque page, me délectant de chaque mot. Je me suis dit : «Ce qu’écrit Suyin Lamour est absolument délicieux. Quelle fraîcheur ! Voilà enfin une personne qui parle intimement de son expérience et du processus de l’éveil. »
Quelle ne fut pas ma joie lorsque Suyin Lamour me proposa de lire le manuscrit de ce qui deviendrait une suite à La Joie d’être ! Dans cet ouvrage, je retrouve la même sensation, le même plaisir et la même intensité. On sent, une fois de plus, le verbe de l’éveil couler naturellement. Quelle clarté, quelle poésie aussi ! On y découvre chez l’auteur une nouvelle phase d’intégration et un approfondissement du processus de l’éveil.
Tout comme le premier, c’est un livre très intimiste, proche, où chacun pourra se reconnaître. La Grande Paix du cœur pourrait lui aussi être considéré comme un manuel décrivant les différentes étapes par lesquelles chacun de nous serait amené à passer. Il déconstruit certaines de nos croyances et identifications les plus solides. Il laisse enfin entrevoir les clés de la libération pour tous, et nous reconnecte, en fait, à ce que nous sommes déjà.
Pour avoir participé à certaines rencontres et certains accompagnements que propose Suyin Lamour, pour y avoir apprécié sa chaleureuse présence et la clarté de sa guidance, j’apprécie de retrouver à la fin de cet ouvrage les méditations favorisant cet indispensable « retournement de la conscience vers elle-même», et nous ramenant ainsi à notre nature originelle, qui est paix et simplicité.
L’entretien qui clôture ce livre répond, de façon pertinente, mais toujours avec douceur et compassion, aux questions que beaucoup se posent sur le processus menant à la libération et la vision non duelle en tant que telle.
Je suis très heureux que les Éditions Accarias-L’Originel mettent à la disposition des nombreux chercheurs un tel livre. Je reste persuadé qu’il s’agit là d’un ouvrage fondamental, voire indispensable, à toute personne en quête d’éveil.
Et, bien que La Grande Paix du cœur soit indépendant du premier, j’invite tous ceux qui ne l’auraient déjà fait à découvrir La Joie d’être, tant ces deux livres sont complémentaires et intimement liés.
Dans tous les ouvrages traitant de l’éveil spirituel qu’il m’ait été donné de lire, je ne me souviens pas d’avoir trouvé de descriptions aussi précises et précieuses du processus que l’on peut être amené à traverser.

Puisse le témoignage de Suyin Lamour être une source d’inspiration à tous les aspirants souhaitant reconnaître en eux la «grande paix du cœur» !

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Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel :

Une vague d’éveil des consciences déferle sur l’humanité depuis quelques années, prenant diverses formes. De nombreux témoignages se succèdent, à travers des livres ou sur internet. De plus en plus d’êtres sont pris dans ce courant et partagent, transmettent ou enseignent. Nous sommes aux balbutiements d’une ère nouvelle, nous avançons en aveugles, poussés par une force dont au fond nous ignorons tout, et nous nous guidons, nous accompagnons et nous éclairons les uns les autres, miroitants visages d’une même Conscience qui se rencontre elle-même.

Qu’est-ce que l’éveil ? Est-ce un état, une révélation, une expérience, une compréhension, un processus, un aboutissement, un commencement ?... Différentes approches et écoles existent à ce sujet depuis la nuit des temps, et certaines sont en désaccord, ce qui génère une certaine confusion. Chaque témoignage d’éveil est unique, et chaque aperçu ou moment d’éveil, chez un même être, l’est également.
Au regard de ma propre expérience, l’éveil n’est pas quelque chose que l’on atteint, mais que l’on reconnaît. C’est l’instant où notre nature véritable se révèle, où nous réalisons que nous ne sommes pas le corps matériel et l’individu limité que nous avons cru être et que l’essence de ce que nous sommes est purement spirituelle.

L’éveil est également la qualité première et fondamentale de l’esprit, c’est-à-dire une conscience d’une clarté absolue, totalement présente à elle-même et à la réalité telle qu’elle est, sans filtre, sans conditionnement et sans séparation.
Nous sommes cette pure conscience, cette êtreté, et cette pure conscience est atemporelle, impersonnelle, globale, universelle. Elle n’a ni début ni fin et ne peut ni disparaître, ni être détruite. La matière en est le reflet à travers des formes aussi variées qu’infinies. Ces formes sont changeantes, limitées et impermanentes, mais ce qui les produit, ce qui en est la source, est éternel, inaltérable, illimité.

L’éveil est le moment où cesse l’identification à la forme limitée et mortelle, et où l’on réalise que l’on est fondamentalement immortel et infiniment libre. Libre de toute définition, de tout concept, de toute représentation, de toute histoire personnelle. Libre, et Un avec tout ce qui est. Une seule et même Conscience, un seul et même Esprit qui se manifeste dans une apparente multiplicité de formes et de perceptions.
Ce moment semble se produire en un point précis dans le temps, dans l’histoire d’un individu, mais il se situe totalement hors du temps. L’individu avec sa perception temporelle disparaît, le cerveau cesse d’interpréter, il ne reste que la prise de conscience de Ce qui Est de toute éternité et qui n’est pas assujetti au temps.
Cependant, cet événement va déclencher par la suite tout un processus dans le psychisme de celui qui le vit. Rares sont ceux qui restent instantanément et définitivement dans cette perception globale et impersonnelle. Pour la plupart, la perception habituelle, « ordinaire », avec l’impression d’être un individu séparé, revient ensuite, mais toute leur vie sera profondément imprégnée de cette connaissance. Cela va modifier leurs croyances, leurs valeurs, leurs aspirations, leur façon de se situer dans le monde, leur conscience de soi.
Ce processus va entraîner à la fois une intégration et une désintégration progressives. Intégration de cette vision absolue et spirituelle dans un psychisme conditionné à croire à une réalité relative et matérielle. Et simultanément, désintégration des conditionnements, de l’identification, des croyances acquises depuis la naissance du corps physique. Une inversion de perspective, une véritable mue psychique qui se produit par étapes, et parfois douloureusement.
Il y a des moments d’extase, de paix, de joie profonde, de liberté, de clarté d’esprit, de magie, de bonheur, de plénitude. Mais aussi des phases de doute, de découragement, de perte de repères, de stagnation, d’obscurité, de régression, d’impuissance, de désespoir. Il peut se produire pendant un temps des va-et-vient entre conscience pure et identification, éveil et sommeil, libération et absorption. Et cela peut être très perturbant et entraîner une violente lutte intérieure car cela recrée une nouvelle dualité. Mais il semble que cela fasse partie du processus, pour que s’établisse peu à peu ce que les Japonais de la tradition shinto appellent «la grande paix du cœur», c’est-à-dire la reconnaissance que Ce que nous sommes n’est pas affecté par les changements d’état et ne change jamais, que Ce qui est conscient de la dualité est au-delà de toute dualité et ne connaît que l’amour et l’accueil de toute expérience.

Site de Suyin Lamour : Revenir à la source de l'Être
Chaîne YuTube de Suyin Lamour

jeudi 23 février 2017

• Le personnage n'a pas changé, mais il n'y a plus de moi dans le personnage - Marigal


Fondé sur la vision directe et des recherches scientifiques, cet ouvrage traite de l'origine et du déploiement de tous les phénomènes du monde, dont l'humain que nous sommes. De l'origine de la pensée et de la manière dont cette dernière invente le monde.

"A l'origine, il n'y a rien – aucune chose n'est"... Mais dans ce non-espace une vibration apparaît... "vibration-lumière qui se déploie et se reploie sans cesse". Lumière-vibration-énergie qui, par une accélération prodigieuse au point de paraître solide, devient l'univers, le monde animé ou inanimé, les êtres vivants.

Ce processus est vu par la vision directe – qui depuis l'origine voit le Vide, voit la mise en mouvement du Vide, voit l'interpénétration du Vide et des formes. Ainsi tout ce qui est, de quelque nature que ce soit, est le vide devenu forme, la vibration-lumière devenue matière... C'est "l'UN qui est – qui devient". C'est là "le secret du monde et de tous les phénomènes".

Ce tableau que dépeint Marigal essaie de donner forme à la vision, au sentiment profond et global de faire partie d'un même mouvement universel.

Dans cette magistrale histoire, au niveau humain, Marigal part de l'homme primitif parce qu'il n'est pas encore identifié à l'ego – et retrace le cheminement qui l'a amené à s'identifier à cette illusion. Autrement dit, il s'agit de comprendre comment l'homme qui avait tout pour être heureux s'arrange pour ne pas l'être.

Extraits choisis publiés avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

"Dès les premiers instants de ces «moments de grâce» il apparaît soudain que tout est changé, différent. Tout est net, clair, limpide, immédiat, comme si un voile avait été enlevé, comme si une vitre avait disparu... Le monde, l'univers, tous les phénomènes et les événements participent d'une même vie, d'une même substance, sans séparation, sans rupture, dans un mouvement fluide et harmonieux. L'apparence du monde n'a pas changé, mais le monde vit autrement, habité par un silence et un amour qui sont le coeur de toute chose et de toute vie. Le personnage (que nous sommes) n'a pas changé, mais il n'y a plus de moi dans le personnage, remplacé par un silence et un amour qui rayonne et chante à l'infini."

"Dans ce non-lieu de l'au-delà de toute forme «il n'y a Rien». Plus personne... plus de moi - plus d'êtres - plus de forme. L'origine du regard - la source de notre être et de Tout ce qui est - est Vide.
Dans ce néant matrice cosmique - où tout apparaît, disparait, renaît - seul CELA EST - qui EST. CELA vide de Réalité... cela vacuité porteuse de plénitude... sans référence, sans qualité, mais à la fois intrinsèquement potentiel, vivant, mouvant, créatif."

"Notre nature fondamentale - la Réalité ultime qui est en nous, qui nous habite et que nous sommes - qui est aussi l'essence intime de tous les êtres et de tous les événements - est Vide... Sans nom, elle peut être nommée l'Indicible... Sans racine, elle est l'origine de toute chose... Sans caractéristiques d'aucune sorte, c'est «Cela» - l'UN - le Tao... l'Absolu."

"D'une autre façon, cette vision de l'Un est apparue lors de certaines méditations lorsque le regard se dirigeait à la racine de lui-même, à l'origine de la vision, dans l'espace du fond sans fond de notre regard... C'est «la vision directe» de l'origine de tous les phénomènes... «la vision directe» de l'origine de «Tout ce qui Est»."

"En réitérant ces expériences avec une attention vigilante, la vision s'amplifie, s'approfondit. Mais c'est la même Réalité qui est dévoilée, toujours la même et chaque fois différente - et la même évidence qui se confirme, difficilement acceptable et pourtant indubitable."

Bienvenue sur le site de Marigal : ICI


mardi 14 février 2017

• Un espace paisible et silencieux - Thierry Janssen


La spiritualité hindoue désigne cette pure conscience d’être – le « Je suis » qui observe les agrégats de l’Ego sans s’identifier à eux – par le concept d’âtman (de atta, en pali : le souffle, le principe de vie, l’essence). Pour les hindouistes, l’âtman est le vrai Soi, le principe immortel et libre, le divin qui réside en chacun, l’âme individuelle dont la nature est, selon l’Advaita Vedanta (philosophie de la non-dualité), identique à celle du brahman – l’âme universelle, la base divine de toute existence, la Conscience infinie qui se connaît en tout ce qui existe, la Réalité ultime dont la manifestation (maya) n’est qu’une illusion, le Soi suprême qui ne peut se définir qu’en énonçant ce qu’il n’est pas (neti-neti : ni ceci, ni cela).

La spiritualité bouddhiste, de son côté, considère que l’existence d’un Soi individuel (âtman) ou d’un Soi universel et absolu (brahman) n’est pas compatible avec l’impermanence et la vacuité de tous les phénomènes. Pour les bouddhistes, tout est vacuité (synyata) ; les phénomènes sont vides de substance propre car ils ne sont jamais créés à partir de rien (ils sont toujours dépendants d’autres phénomènes ou agrégats et ils se transforment sans cesse) ; de ce fait, un phénomène, quel qu’il soit, ne peut être défini par une nature qui lui serait propre, il est défini par l’ensemble des rapports qu’il a avec les autres phénomènes (le karma – loi d’interdépendance et de causalité) ; il n’existe donc aucune âme ni aucune essence à trouver, mais la simple agrégation de phénomènes conditionnés (skandha). Dès lors, les bouddhistes parlent d’anâtman (le non-soi). Et, plutôt que d’identifier un Soi, il décrivent différents niveaux de conscience. Tout d’abord vijnana : la conscience discriminante (ou connaissance discriminante) qui fait partie des cinq agrégats (phénomènes éphémères) qui forment l’Ego, et qui se décline en six modes de connaissance : visuel, auditif, olfactif, gustatif, tactile, et intellectuel. Ensuite alayavijnana : véritable conscience intégrative (conscience réceptacle de toutes les autres), elle aussi changeante et transitoire, à la fois source et produit du karma, cause et manifestation de klistamanas (le mental souillé qui, du fait de sa croyance en l’existence d’un Ego séparé, construit un Moi à partir de la conscience intégrative). Enfin amalavijnana : la pure conscience, absolument non personnelle et non duelle, dans laquelle se fond la conscience intégrative lorsque l’Éveil se produit.

Ainsi, pour les bouddhistes, il ne peut donc y avoir d’Absolu à rechercher ou à trouver, mais simplement une conscience pure (amalavijnana) qui, au-delà du mental, s’éveille et constate la vacuité de toute chose. Pour un bon nombre de philosophes bouddhistes cette pure conscience est immuable et permanente, ni produite, ni détruite, inconditionnée, au-delà de la pensée ; totalement libre, elle observe et contient tous les phénomènes sans s’identifier à eux. La notion de brahman de l’hindouisme correspond à cette pure conscience – la conscience-source, infinie, que l’on pourrait qualifier (comme le font parfois les bouddhistes à propos d’amalavijnana) de Conscience cosmique tant elle est vaste et contient tout ce qui est créé.

La non-dualité de la pure conscience dont il est question dans l’Advaita Vedanta hindouiste se retrouve donc dans le bouddhisme (particulièrement dans le bouddhisme Mahayana dont font partie le Chan chinois, le Zen japonais et le Dzogchen tibétain ; peut-être moins clairement dans le bouddhisme Theravada répandu en Asie du Sud-Est). Elle est présente dans le taoïsme (avec les concepts tao – la « mère du monde », principe qui engendre tout ce qui existe – et wu ji – la vacuité absolue, unité primordiale, réservoir de tous les potentiels, qui se manifeste à travers la dualité yin et yang du tai ji). On la retrouve dans la plupart des enseignements ésotériques des grandes religions ; par exemple dans l’expérience des grands mystiques chrétiens (comme les Pères du désert, Jean de la Croix, Maître Eckhart), dans le soufisme, ou encore dans la Kabbale juive. Ainsi que chez bon nombre de philosophes occidentaux (notamment chez les présocratiques Héraclite et Parménide, chez les stoïciens Sénèque et Marc-Aurèle, chez le néoplatonicien Plotin, ainsi que chez Baruch Spinoza, Arthur Schopenhauer, Edmund Husserl, Martin Heidegger et Karl Jaspers).

Sans forcément aller jusqu’à l’éveil mystique qui dissout complètement l’identité de l’Ego dans la pure conscience de l’unité de ce qui est, nous pouvons tous apprendre grâce à la méditation à nous désidentifier des agrégats qui constituent le Moi. Au-delà de la confusion de nos sensations, des perturbations de nos émotions et du bavardage de nos pensées, nous découvrons alors, en nous, un espace paisible et silencieux dans lequel l’Ego se désagrège en ses multiples constituants. Du coup, nous réalisons l’impermanence et la vacuité de ce que nous croyions être nous. Nous comprenons que le « je » qui réalise cela n’est encore qu’un des agrégats qui constitue le Moi (on pourrait assimiler ce « je » à la conscience alayavijnana). Ce « je » là s’écrit avec un « j » minuscule pour souligner son impermanence ; il sent, il perçoit, il éprouve, il pense, il dit, il fait, il possède ; son identité varie en fonction de ses actions (des actions qui sont en fait des réactions conditionnées) ; il est condamné à agir (disons même : à réagir) pour perpétuer son sentiment d’exister ; il ne connaît jamais la complète tranquillité. Plus notre méditation s’approfondit, plus notre « je » devient un « Je » que nous pourrions écrire avec un « J » majuscule pour en souligner le caractère non personnel et permanent. Ce « Je » là ne pense pas qu’il est. Il est. Il est hishiryo – « au-delà de la pensée » – disent les bouddhistes zen japonais. Il est wu wei – « non-agir » – disent les taoïstes chinois. Il est non-action (en tout cas non réaction), silence et paix, infinie sérénité, vacuité absolue, source de tous les possibles, pure conscience. Il ne peut dire que « Je suis ». Il est wu ji. Il est brahman ouamalavijnana. Il est Bouddha. Il est Allah. Il est Le Caché, Celui qui n’a pas de nom. Il est Dieu. Il est Soi. Peu importe comment nous l’appelons, ce qui compte ce ne sont ni les mots ni les représentations mais l’expérience que nous en faisons.

Faire l’expérience du Soi plonge notre Ego dans un espace paisible et silencieux où il se dissout. Cela ne veut pas dire que le Moi est détruit mais simplement qu’il ne dirige plus les mouvements de notre existence. L’espace du Soi est un lieu d’acceptation totale et entière de ce qui est – un lieu d’amour inconditionnel – qui permet de contempler le Moi tout en accueillant ses différents constituants dans la conscience, sans que celle-ci ne doive s’identifier à autre chose qu’elle-même en train de contempler le Moi. C’est un espace de liberté dans le sens où les réactions conditionnées du Moi, jusqu’alors non conscientisés, ne s’enchaînent plus de façon aussi automatique et chaotique. Des actions effectuées en pleine conscience peuvent alors être posées, inspirées par le Soi (sous la forme de véritables inspirations – intuitions), dans le but de perpétuer le silence et la paix du Soi.

La pratique méditative permet de découvrir que le silence et la paix du Soi sont toujours là, accessibles à l’arrière-fond (au-delà des sensations, des émotions et des pensées), comme un noyau profond recouvert par la personnalité (bavarde et agitée) de l’individu. Nous pourrions donc parler de l’Essence de l’être dans le sens où le silence et la paix du Soi (le silence et la paix de la pure conscience non personnelle) constituent la nature première et ultime de l’être – ce qui est présent depuis le commencement et qui sera présent jusqu’à la fin mais qui ne peut être perçu que dans l’instant présent. Le mot « essence » vient de essentia en latin, qui veut dire « la nature d’une chose », un mot qui vient deessere : « être ».

Postuler que notre nature véritable est pure conscience paisible, silencieuse et non personnelle implique que cette conscience est partagée par tous les êtres humains, devenant ainsi non pas la conscience de chaque individu mais la Conscience qui se manifeste en chaque individu. Cela pourrait laisser penser que cette Conscience existe de toute éternité. En d’autres mots : parler d’essence pourrait nous obliger à soutenir la thèse de l’existence d’un monde des idées distinct du monde des sens (comme le faisait Platon) ou d’un dieu transcendant et immortel dont la substance se trouverait en chaque individu. Opter pour ce genre de thèse obligerait alors à considérer la pure conscience du Soi comme un état absolument non conditionné par le mental et totalement indépendant du fonctionnement cérébral. Quelques chercheurs qui étudient les cas de NDE (expériences proches de la mort) envisagent cette possibilité. Néanmoins, la plupart des scientifiques considèrent que le phénomène que l’on appelle « conscience » est étroitement lié au fonctionnement du cerveau.

Pour eux, l’activité cérébrale engendre plusieurs types de consciences (nous avons vu que les bouddhistes parlent de plusieurs vijnana) : une conscience perceptive et discriminante (visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile, intellctuelle) qui dit « je vois, j’entends, je sens, je goûte, je perçois, je comprends » ; une conscience intégrative des précédentes (alayavijnana) qui procure une identité à l’individu en lui permettant de se percevoir comme un Moi qui dit « je perçois, je comprends et je pense donc je suis une personne », du fait de sa croyance en l’existence d’un monde formé d’objets séparés les uns des autres (klistamanas) ; et, enfin, une conscience capable de suffisamment de recul (amalavijnana) pour, dans un premier temps, observer la conscience intégrative en train de créer le sentiment personnel d’être un Moi et, dans un second temps, générer le sentiment non personnel de l’existence d’un Soi originel et universel qui dit simplement et sereinement « Je suis conscient » et même plus simplement encore « Je suis ». Cette conscience pure n’émergerait que dans certaines conditions, soit spontanément (comme cela se produit lors d’une fulgurance de conscience ou lors de ce que l’on appelle un Éveil spontané), soit au cours d’une quête spirituelle (durant laquelle l’entraînement au calme mental et à l’amour inconditionnel prépare à un Éveil qui se produit sans que l’on cherche à l’obtenir). La pure conscience jaillirait alors au-delà du mental, totalement déconditionnée des automatismes mentaux, sans qu’il n’y ait plus d’identification à une conscience qui dirait « je suis conscient d’être ceci ou cela », pouvant seulement constater que « Je suis » (« Je suis indépendamment de ceci ou de cela). Cette pure conscience (que nous appelons aussi le Soi) ne pense pas, elle n’interprète pas, elle n’explique pas ; elle ne sait rien à propos des êtres et des choses, elle les connaît ; elle perçoit l’essence calme et paisible qui est en tout ; elle communique de Soi à Soi, dans un plan de transcendance où les notions de temps et d’espace n’ont plus lieu ; elle contemple la vacuité de tout ce qui se manifeste (elle voit que rien n’existe en dehors de l’interdépendance des phénomènes) ; elle est la vacuité absolue (l’espace paisible et silencieux qui n’est pas vide mais tongpa nyi, comme disent les Tibétains – tongpa : le vide inconcevable, nyi : la possibilité que tout peut advenir ; cette vacuité qui est un vide plein, un espace de tous les possibles, le lieu où, grâce à l’interdépendance des phénomènes, tout peut apparaître, se transformer et disparaître). Cette pure conscience non personnelle embrasse l’unité du monde, elle est « tournée vers le tout », tant à l’intérieur de l’individu qu’à l’extérieur ; elle englobe l’univers (unus en latin : un ; versus : tourné vers), elle devient universelle. Telle une lumière, elle diffuse sa sagesse à travers un bon sens relié à l’essentiel, dans le respect de l’équilibre et de l’harmonie qui permettent à la vie de se perpétuer.

Voir la totalité de ce texte sur le site de Thierry Janssen : L'école de la présence thérapeutique

vendredi 27 janvier 2017

• L'horloge intemporelle !


Entends-tu le tic-tac du maintenant ?...

lundi 9 janvier 2017

• Q'est-ce que l'éveil ?


Qu'est-ce que l'éveil ?

Suyin Lamour : L’éveil c’est la conscience qui prend conscience d’elle-même, qui se reconnaît dans sa nature véritable, c'est à dire impersonnelle et non-duelle. C'est un changement de perspective : la conscience cesse de se prendre pour un individu distinct du reste et réalise que dans son essence elle est non localisée, sans centre, universelle, infinie et éternelle (c'est à dire sans début ni fin, autant dans l'espace que dans le temps). Il est alors vu que l’identification à un moi séparé, limité, mortel et auteur de sa vie était une illusion, que ce moi n’a pas d’existence réelle et n’en a jamais eu.

José le Roy : L’éveil à sa vraie nature est la réalisation que l’individu auquel nous nous étions jusqu’alors identifié, n’est pas notre véritable identité. L’individualité, que je pensais être et que j’imaginais au centre de ma subjectivité, a disparu de ce centre pour laisser place à une vacuité impersonnelle, sans forme, sans limite et hors du temps. Un vide puissant, éclatant comme mille soleils, s’était levé dans ma vie.

Alexander Kimpe : C’est la disparition d’un état de séparation qui n’a jamais réellement existé.

Claudette Vidal : L’éveil est la reconnaissance de qui nous sommes. Lorsque cesse l’identification avec le moi égotique, il est vu que ce que nous sommes est éternellement vide, silencieux et illimité. Nous sommes l’espace dans lequel tous les phénomènes naissent et meurent.

Marion : L’Eveil n’est pas un mouvement. Il n’est pas une réalisation qui arrive à quelqu’un. L’Eveil est simplement l’effondrement total de l’illusion de la séparation. Alors il est vu que tout est « Un », il n’y a que « Un », il n’y a que Cela.

Janick :  L’éveil est la révélation du SOI présent en chacun de vous. C’est l’essence pure de l’ETRE, votre véritable nature.
L’éveil, c’est l’ abandon total de ce que l’on croit être, il n’y a plus d’identification au personnage. C’est réaliser que tout est illusoire. Les pensées, les croyances, les peurs, les sensations,... sont vues pour ce qu’elles sont sans interprétation, de ce fait, elles perdent leur pouvoir et s’effritent. Il n’y a plus de désirs, ni de besoins pour combler l’égo.
Vous n’êtes plus esclave de vos pensées ou de tous autres fonctionnements, c’est ce qu’on appelle la LIBERTE.
C’est le SOI qui se manifeste à travers vous.

Moine Gojo : L’éveil est la réalisation que notre nature véritable, ce que nous sommes, est Conscience et que cette Conscience n’est pas personnelle. Elle est ce que nous partageons tous.
Le seul obstacle est l’identification en la croyance en un « moi » personnel et séparé.

Somasekha : L’éveil peut être comparé au fait de se réveiller d’un long sommeil ; celui de l’ignorance fondamentale qui nous fait croire à la réalité d’un « Je » et d’un autre.
Avec l’éveil, le rêve d’être un individu séparé du monde s’efface et notre nature véritable se dévoile.
Il y a reconnaissance directe et spontanée de Ce que nous sommes en réalité : la Conscience éternelle, resplendissante de paix, d’amour et de joie.

Découvrez d'autres définitions, des réponses à de nombreuses questions, ainsi que le parcours des auteurs, dans l'ouvrage (disponible gratuitement) : Témoignages contemporains sur l'éveil.

mercredi 4 janvier 2017

• 2007 - 2017 : 10 ans déjà ! - Merci Bertrand

J'ai été touché par le message de Bertrand que j'ai joie de partager avec vous.
J'en profite pour souhaiter un bon début d'année à tous les lecteurs d'Éveil Impersonnel !


"J'ai sans doute du attendre ce jour pour faire un compte rond.
2007-2017, ça fait 10 ans.

10 ans que je suis tombé sur votre blog ÉVEIL IMPERSONNEL et approches non-duelles. Je m'y étais perdu par erreur ou par désespoir. Une étrange conviction me hantait que je devais à tout prix chercher une sorte de maître ou bien... Je n'avais pas formulé la chose. Je cherchais sans doute quelque chose ou quelqu'un. Je tenais bien un site de spiritualité, j'essayais comme je pouvais de m'y retrouver de me reconnaître une sorte de voie, mais quelque chose manquait ou disons tardait à se montrer.

Ma première idée était que les éveillés avaient vécu jadis. Jésus Christ ou Bouddha, Socrate, oui sans aucun doute étaient de cette trempe mais les millénaires me semblaient longs (j'ai changé d'avis depuis sur la longueur des millénaires). Je n'arrivais pas à imaginer qu'il y en ait ici et maintenant. Toutefois un doute est survenu. Ce serait une longue histoire d'expliquer comment, disons simplement qu'un doute est survenu et j'ai commencé à chercher.

Ce soir là je décidais d'en avoir le coeur net :  de lien en lien je parcourais les articles et témoignages du net en toutes les langues sur des maîtres parvenus à la réalisation. Et je vais dire honnêtement, je voyais beaucoup de médiocrité chez toutes ces personnes présentées comme de grands sages. Plus je visitais de blogs et articles plus je ne faisais que confirmer que tous ces sages n'avaient rien à voir avec ce que je cherchais. Quelques pouvoirs occultes mineurs, quelques paroles qu'il est très facile d'avoir entendues dans des traditions authentiques et réutilisées pour se faire passer pour un grand sage. J'ai tout de même découvert une chose intrigante que je ne parvenais pas à réaliser complètement : ils y croyaient. Je m'imaginais jusque là que les gourous escrocs étaient cyniques, mais dans cette navigation il m'a fallu admettre que la plupart étaient sincères. Je leur donnais quand même un certain crédit - le bénéfice du doute ainsi qu'une expérience tout de même solide - et je le leur ai accordé assez longtemps ce bénéfice du doute (jusqu'à ce que je voyage en Inde et que je rencontre ces gens).

Quoi qu'il en soit ce n'est pas l'objet de mon mail, la vérité c'est que parmi tous les sites sur le sujet le vôtre était de loin le meilleur, il était bien écrit, bien présenté, il se voulait aussi exhaustif que possible mais malgré tout rigoureux. Je l'ai donc dévoré sans y trouver pendant longtemps le moindre signe qu'il puisse exister encore de vrais sages ayant transcendé la condition individuelle (à part le temps d'expériences fugitives).

Jusqu'à ce que je tombe sur l'article posté par vos soins et la narration de Marjolaine Jolicoeur sur la vache Lakshmi. Lorsque j'ai vu la photographie de Ramana Maharshi à côté de la vache j'ai tout de suite su, sans même lire l'article. J'avais trouvé. Les éveillés n'étaient pas une vieille histoire remontant à des temps légendaires, mais ils pouvaient être là - c'était Lui que je cherchais.

L'histoire bien entendu a une longue suite qui (belle Lapalissade) a commencé sur le champ, mais ce n'était pas l'objet de mon mail de vous raconter ma vie - on se doute que je suis parti à la recherche de cette inspiration soudaine et l'histoire ressemble à celles de beaucoup d'autres. Non si je vous écris aujourd'hui, ce n'est pas pour raconter ma vie, mais pour vous remercier, avec 10 ans de retard, d'avoir fait dès 2007 un blog remarquablement bien fait et de m'avoir offert cette photographie qui a évidemment changé ma vie radicalement. Je ne doute pas que je suis un parmi les nombreuses personnes qui ont bénéficié de la qualité de ce blog et y ont trouvé inspiration, encouragement, sagesse ou simplement distraction. Comme j'ai mis 10 ans à vous remercier et que j'aurais tout aussi bien pu ne jamais le faire si je
n'étais retombé dessus avec une certaine émotion... (Je ne l'avais jamais revu depuis ce jour de 2007 ou j'avais enregistré la photographie, mais à l'instant même où je l'ai vu s'afficher ce soir je l'ai reconnu sur le champ.)... Comme j'ai mis 10 ans à vous remercier et que j'aurais tout aussi bien pu ne jamais le faire disais-je, j'en déduis que je peux certainement parler au nom de tous ceux qui ont bénéficié de votre offrande à l'univers sous la forme de ce blog et qui vous remercient sans doute silencieusement ! Bref ce long message pour finalement un seul mot : MERCI.

J'en profite pour vous souhaiter une excellente année 2017."

Bertrand.

dimanche 1 janvier 2017

• "Présence présente à Elle-même" - Entretien inédit avec Didier Weiss


Entretien avec Didier Weiss suite la parution de son livre « Explorations non duelles », aux éditions Accarias-l’Originel.

Si « je ne suis pas les pensées » est une évidence, se pose toutefois la question : un certain nombre de ces pensées disent quelque chose sur comment je fonctionne. Ne serait-il pas intéressant de s’en préoccuper pour se connaître ?

Les pensées ne disent jamais rien qui puisse nous décrire. Cela a été un de leur rôle jusqu'au moment où cette quête mystique a démarré. Ensuite, d'autres pensées sont venues désamorcer ce sortilège : un esprit dans un corps, bien séparés du reste du monde.

Elles ont jusqu'à ce point-là une utilité évidente, mais il devient urgent et indispensable de s'en débarrasser aussitôt qu'elles ont fait leur travail. C'est le passage de je sais à je Sais.

Bien sûr, qui pourrait s'en débarrasser ? Et comment ? Disons que c'est une description de ce qui se passe à ce moment précis, pas une prescription : la dissolution du penseur lui-même.

Nous nous posons des tas de questions (Je vois ça dans tous les satsangs où je vais). J’ai de mon côté un grand besoin de comprendre intellectuellement et en même temps je sais que ce n'est pas par l'intellect que je trouverai quoi que ce soit. Mais les questions sont là. Est-ce que toutes les questions doivent être abandonnées ?

Tant que les questions sont là, nous créons un conflit de plus à vouloir les supprimer, nous mettons un pied plus profond dans la tombe. Toute volonté de manipuler ce qui apparaît spontanément dans le but de se conformer à ce qu'on croit savoir de l'Éveil est une mascarade, une imitation.

En faisant cela, nous créons et perpétuons un personnage virtuel, imaginaire. Un personnage qui s'appelle MOI.

Les questions arrivent, fantastique ! Les questions partent, fantastique ! Le mouvement de la Vie est un OUI sans condition, ni même avoir besoin d'acceptation. C'est tellement inconnaissable, tellement rapide – maintenant ! – que toute idée ou jugement à propos de ce qui EST ressemble à une pelleteuse qui voudrait attraper un goéland.

Ou, au lieu d’investiguer sans fin sur le personnage, n’est-il pas plus judicieux de revenir à la Présence que je suis, chaque fois que j’en suis conscient ?

L'avantage d'enquêter sur le personnage est que – si c'est fait jusqu'au bout – on arrive à une espèce d'impasse, de lâcher-prise, de silence mental relatif. Cette activité peut bien sûr devenir une forme de loisir, un sport de chasse, un divertissement, et on repart dans la roue du hamster...

La possibilité de démasquer le personnage sous toutes ses formes, et elles sont quasi innombrables, fonctionne comme l'usure d'une position qui devient à un moment donné … intenable ! C'est la question « Qui suis-je ? » de Ramana Maharshi, qui est plutôt l'exploration et la dissolution de nos croyances à propos de cette soi-disant entité.

Revenir à la Présence en est la conclusion, ce retour à la Source se produit ainsi spontanément à chaque fois que cette adhérence tenace à nos croyances diminue. Cela ne peut pas être le résultat d'une action intentionnelle, « je reviens à la Présence », mais d'une action qui se termine, celle qui dit sans cesse « moi, je suis séparé ».

Quand je suis dans la Présence, cela passe, chez moi, par une sensation physique. Or la Présence n'est pas corporelle. Est-ce incompatible ?

« Présence présente à Elle-même » amène un cortège de possibilités : une détente physique, mentale, une énergie qui coule de manière plus forte, des sensations jusque-là inconnues, Kundalini, etc.

Mais la question se pose : ces sensations physiques sont-elles fondamentalement différentes d'une bourrasque de vent sur mon visage ? Le piège serait de voir cela comme un événement « spécial » et « personnel », comme preuve de « mon » progrès, comme un état à entretenir ou à rechercher. C'est en fait juste la Vie qui coule, certainement de manière un peu différente, mais fondamentalement de même nature qu'un lendemain de cuite avec migraine épouvantable.

Une question (une attitude) que je n’arrive pas à éclaircir : dans la vie courante, est-ce que j’essaie d’être conscient de tout ce que je fais ou bien est-ce que je me plonge complètement dans l’action ? Et m’oublie.

Excellente question, qui m'a aussi taraudé pendant des années. Le « truc » à comprendre est que « Conscience » n'est pas définie par une quantité, comme vous parlez de « conscient de tout ». C'est plutôt une « qualité » de l'existence, une matière première sans laquelle rien n'existerait. C'est indépendant de : « je » suis conscient de « beaucoup de choses », qui intuitivement a une limite, donc est de toute évidence relatif.

Ce qui est pointé ici est absolu, non quantifiable, et n'est pas la somme d'éléments séparés.

Je pencherais donc plutôt pour l'option « Oubli ». Je cite ici encore Stephen Jourdain :
« Dans le Jeu de l’Existence, comment la Conscience prend-elle le Savoir ? En l’oubliant. En l’oubliant activement, en chacune de ces manifestations innombrables, pertinente ou erronée, géniale ou dérisoire, indifférente ou sacrée ; en chacune de ses couches, de la plus visible à la plus secrète, la plus enfouie, jusqu’à toucher le socle du phénomène et à l’oublier lui aussi. En l’immergeant, corps et âme dans le feu de l’amnésie, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. »

Quand le « MOI » s'oublie, dans le feu de l'action, il ne reste que la Vie. C'est vérifié de façon innombrable au cours d'une existence d'homme. Mais ce n'est que rarement exploré car « Je » ne suis plus là : donc ceci n'a pas le moindre intérêt !

Mais est-ce vraiment le cas ? Ce qui semble manquer c'est une distance, un témoin, mais est-ce donc vraiment une vie non vécue ? Quand je ne suis plus là en tant qu'entité veillante, ne suis-je pas de tout évidence là en tant que Conscience ? Bien sûr que oui, sinon il n'y aurait juste … rien.

Mon expérience a été une sorte de phénomène progressif de capillarité, de reconnaissance constante de « mon » essence. D'abord dans ces moments que vous décrivez, non pas conscient de ce que je fais mais conscient d'être conscient à travers ce que je fais. Et cette « substance » invisible mais omniprésente est devenue évidente aussi dans les moments d'oubli, puis à travers les épisodes de rêves nocturnes, et au final dans le sommeil profond.

Vous « penchez » pour l’oubli et en même temps vous écrivez « conscient d'être conscient à travers ce que je fais » ?

C'est la partie la plus difficile à appréhender : ce paradoxe d'une Vie se connaissant elle-même de façon continue (en réalité non engagée dans le mouvement du temps), directement, et sans aucun besoin d'une entité spécifique qui se souviendrait ou oublierait.

L'oubli du point de vue particulier, l'abandon d'exercices spécifiques – de manipulations – amène justement Conscience à se re-connaitre et à apparaître comme unique « matière » de l'Univers, en amont, bien avant toute action ou pensée. Cette réalisation n'est pas l'aboutissement d'une technique bien maîtrisée mais sa dissolution, son lâcher-prise total.

Cela peut sembler un état très « avancé », mais ce n'est pas très différent de quiconque, juste un regard dés-encombré, transparent, dés-hypnotisé, qui « voit » cette invisible Présence dans chaque image de ce film appelé « ma vie ». De plus, il est vu que ce Regard n'est lui-même pas différent du film. La Vie se connaît elle-même, directement, intimement.

Cela revient à parler de la position du témoin dont on parle si souvent. Mais là encore il y a une dualité. Le témoin fond-il tout seul ?

Effectivement, la fameuse « position du témoin » est une subtile dualité : le monde / le témoin du monde. J'ai rencontré de nombreuses personnes « coincées » dans cette impasse. C'est un peu froid, assez triste, très seul, mais cela a le goût d'intouchabilité et de fait cela permet parfois d'éviter trop de souffrance.

Je pense qu'effectivement le témoin se dissout tout seul, mais c'est un autre saut quantique car ce qui est abandonné est une dernière identité. Mais au final, paradoxalement, les deux options coexistent.

C'est le passage décrit par Nisargadatta Maharaj quand il dit :
« La Sagesse me dit que je ne suis rien (position du témoin), l'Amour que je suis tout (le témoin envahit intimement le champ de conscience). Ma vie s'écoule ainsi entre ces deux pôles. »

Il est souvent question dans votre livre du « corps/pensée ». Et vous écrivez « le corps est un objet ». Cependant le retour au corps énergétique, à l’attention sensorielle, ne pourrait-il pas être un outil pour  éradiquer les pensées et connaître l’unité ?

L'attention sensorielle est un outil fantastique ! Cela se rapproche des techniques de Gurdjieff, de Carlos Castaneda, des techniques de « volupté attentive » plus récentes, etc.

Une fois de plus ici, « Maya », celle qui nous hypnotise, va nous raconter une histoire légèrement différente : celle du corps qui a accès à des expériences, et de fait doit être raffiné, travaillé, pour encore et toujours plus d'expériences d'unité !

C'est donc une autre roue de hamster, car ce qui se passe dans une vraie expérience d'attention sensorielle c'est que la Vie se goûte elle-même, directement. Elle n'a pas besoin du corps, ni de l'esprit, qui ne sont que des objets présents dans le « champ » de conscience.

Ignorer cela amène une dépendance de junkie à cette technique pour en avoir plus ! Et de se fourvoyer sans fin dans les « états altérés de conscience ». Pas très différent du LSD !

Qui apprécie les choses? En Inde, dans certains textes classiques spirituels on parle du "grand renonçant, du grand agissant et du grand appréciateur". S’ il n'y a personne, qui goûte, qui se réjouit ?

Les réponses que je pourrais donner sont théoriques, nous pourrions en débattre des heures, et c'est aussi et encore le hamster qui revient !

La question de Ramesh Balsekar, quand je lui présentais des descriptions « très inspirées » du pourquoi et du comment de la Vie, me désarmait avec sa question : « Qui donc veut savoir ? »

« Qui donc veut savoir ? » est une question essentielle. Mais ce n’est pas nécessairement le moi qui veut savoir. ( ?)

Il me semble que si ! C'est la recherche d'un sens spécifique, d'une explication dans un contexte de vie forcément limité, que l'on appelle généralement « ma vie ».

Au début, je trouvais que c'était de la lâcheté intellectuelle, une sorte de  tamas  comme on dit en Inde, l'âge sombre du déni intellectuel. Mais il est apparu bien plus tard que ce dont cette question parle est tout autre:

La vie est une histoire, une fresque, un roman dont parle aussi Jourdain. Espérer autre chose que cela à travers une « théorie unifiée de l'Univers » est tout simplement oublier que ce qui se passe alors est juste la création d'une « théorie unifiée de l'Univers » : une autre histoire !

The world is the totality of facts, not of things. (Wittgenstein)
The universe is made of stories, not atoms. (Muriel Rukeyser)

Pourquoi sommes-nous (du moins la plupart d’entre nous) toujours attirés par les sensations fortes ? Dans les moments de vide, il y a le mental qui veut autre chose. Pourquoi sommes-nous dans une demande d’intensité ?

C'est plutôt un raccourci pour faire taire le mental ratiocinant. Quand tous les sens sont en éveil, l'attention au maximum, le corps-esprit concentre son énergie dans l'action, sa propre survie. Il a cette sagesse innée qui coupe tout ce qui n'est pas utile : ce flot de pensées continues, qui décrit une chose qui n'existe que de part ce flot : MOI.

Et en cette absence remarquable, ou même juste en son allégement, la vie continue plus fraîche, plus brillante, spontanée, … vécue.

Au-delà des nombreuses pensées qui nous encombrent, il y a quelque chose de plus subtil à voir : ce que Stephen Jourdain nommait « l’image-moi ». C’est ce qui semble le plus difficile à dépasser. Voir que cette image est là ne suffit pas ? Alors ?

Effectivement, la plupart des pensées ne sont pas le problème qui nous concerne. C'est une espèce particulière que l'on chasse ici, dans cette traque métaphysique. C'est bien un animal familier dont il s'agit, c'est même une des façons dont il échappe en quasi permanence à notre arme : on ne va quand même pas tuer son chien ou son chat adoré : des animaux si mignons, inoffensifs et INTIMES !

La solution est de ne pas se laisser ramollir et de tuer froidement tout ce qui a l'apparence ou la consistance d'une pensée-moi, celle qui décrit un sujet à la vue de l'objet « moi ». L'arme de la discrimination est bien sûr très utile, ces animaux détestent être sous les feux des projecteurs.

Mais il y a d'autres techniques, dont celle de l'absence « d'importance personnelle ». Cela a été décrit en détail dans les approches chamaniques de Carlos Castaneda, et c'est aussi l'essence des mystiques soufis, chrétiens, ou bouddhistes. Si une pensée-moi apparaît, elle est non seulement vue mais lue avec une sorte de « détachement » alimenté par cette compréhension profonde : Je suis CELA, intouchable, il n'y a rien à craindre à laisser tomber ce pantin issu de pensées délirantes.

Dans les moments où je suis conscient d’être conscient, il y a derrière une conscience de cela, et encore derrière conscience, cela semble ne pas s’arrêter. Est-ce que cela vous évoque quelque chose ?

OUI. C'est une porte d'entrée à cet infini qu'est Conscience consciente d'elle-même. Cela se résout dès que l'expérience « sujet - conscient de - objet » se résorbe en une expérience unitaire où il n'y plus de possibilité d'une quelconque distance.

Pouvez-vous en dire un peu plus ?

C'est drôle, cette question ! C'est une parfaite illustration de comment Maya fonctionne, c'est totalement magique. Au lieu de permettre une lecture et une compréhension au premier degré et de s'y tenir, le mental va demander une explication À PROPOS DE. Et de fait va créer une porte de sortie pour maintenir le statu-quo (de sa propre existence!).

J'ai moi-même erré des années à échapper au message non-duel (pourtant simplissime) en cherchant des « explications ».

C'est très proche du mouvement qui nous fait surfer pendant des heures sur Internet à la recherche d'éléments, tout cela pour éviter de juste FAIRE notre dissertation, qui est la seule possibilité d'une vraie conclusion.

Y-a-t-il après l’éveil une Conscience ou juste un flux ?

Difficile à dire, le concept même de « Conscience » est abandonné à un certain point. Une question/réponse illustre bien le pourquoi de sa disparition :

« Conscience » définie par rapport à … quoi d'AUTRE ??
Il n'y a que CELA.

J’ai été très frappé par une idée de Ciaran Healy que vous citez : « Tout ce qui te demande plus de deux secondes à comprendre est faux. » C’est une affirmation d’une importance capitale. Est-elle toujours juste ?

C'est un très bon indicateur de ce qui n'est pas l'Épice dont parle Luis Hansa. La compréhension de ce que l'on n'est pas demande du temps, elle est très différente de la Compréhension de notre nature Réelle, qui elle n'a pas besoin de temps : Elle inclut le temps et l'espace et se situe … en amont.

Le chercheur est le dernier obstacle, me semble-t-il. Mais s’il n’y a pas recherche, rien ne bouge. Alors ?

C'est vrai, j'en parle dans le livre : « J’ai rencontré un nombre impressionnant de désabusés de la non-dualité qui proclament :“ Puisqu’il n’y a rien à faire, oublions tout ça et faisons la fête ”. Ils ne se rendent pas compte qu’ils génèrent ainsi les signes avant-coureurs de non-Éveil ! »

La recherche n'est pas un problème, et de fait contient en son sein un chercheur. La solution la pire serait de faire du « non-faire » par une « non-recherche » pour imiter « l'absence de chercheur ». La recherche continue tant qu'il y a un chercheur, et il est vrai qu'elle s'arrête après, faute de ... combattant !

C'est une fois de plus prendre une description pour une prescription qui génère cette confusion. La clef du paradis est dans cet abandon total de « ce qui devrait ». Si recherche il y a, ainsi soit-il.

Le chercheur n'est jamais l'obstacle car en réalité il n'existe pas. C'est une conception correcte de dire « le chercheur est le dernier obstacle » mais ce qui est erroné serait de penser que supprimer le chercheur résoudra cette énigme.

Le mirage s'évaporera de lui-même, le moment venu. Ou pas ;-)

Que diriez-vous de cette définition de Svâmi Prajnânpad : « La libération est la totale relaxation au niveau physique, émotionnel et mental. »

C'est un autre paradoxe : comment pourrait-on être relaxé à quelque niveau que ce soit quand la Vie nous assaille de toutes ses forces ? Et pourtant on parle bien de Paix inébranlable, non ?

Cette relaxation n'est pas celle du corps-esprit, mais bien celle de CELA qui accueille/anime/crée ce corps-esprit.

« And the peace of God, which surpasses all understanding, will guard your hearts and your minds in Christ Jesus. » Philippians 4:7

Je me sens maintenant, de plus en plus, dans le lâcher-prise ou l’abandon. Dans une forme de paix. Mais c’est peut-être un piège ?

Pas du tout !! C'est la porte ouverte à la Possibilité. Après une clarté intellectuelle, vient des fois un moment de  Dark night of the Soul , de sentiment d'insignifiance totale de la vie, qui en réalité vient plutôt de l'insignifiance de MA vie. Mais ce n'est pas toujours le cas.


Ensuite se met souvent en place un moment étrange, qui est une forme « d'attente sans attente » comme définie par Jean Klein. Un espèce de no man's land (nom très approprié!) qui est le terrain fertile à « autre chose ». C'est – comme en parle Francis Lucille – un terrain d'atterrissage totalement prêt à accueillir… les anges qui éventuellement passeraient par là :-)

 Voir aussi ce lien sur Éveil Impersonnel ainsi qu'une autre partie de cette même interview sur le site méditationfrance®.

© Éditions Accarias-L'Originel/Éveil Impersonnel